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La croissance est de retour dans la construction navale de défense

« Pour la première fois depuis trente ans, le secteur naval militaire est en croissance en France », se réjouit Hervé Guillou, président du Gican (le groupement des industries navales), également PDG de Naval Group (ex-DCNS).
Seul bémol, mais de taille : la profession peine à recruter et réclame des formations professionnelles adaptées aux métiers de la marine, en tablant sur un besoin de 10.000 jeunes par an. « Notre industrie doit améliorer son attractivité auprès des jeunes, mieux faire connaître nos 400 métiers et, souvent, changer leur image », explique le dirigeant.
L’expansionnisme maritime de la Chine ou de la Russie, les craintes sur la liberté de navigation commerciale, les tensions internationales diverses, sans compter les trois fléaux traditionnels (surpêche, piraterie et trafics illégaux) poussent tous les Etats à moderniser et armer leur flotte. Le Gican estime ainsi à 180 milliards de dollars le carnet de commandes mondial de navires, dont 35 milliards en Europe et 11,5 milliards en France. Hervé Guillou évoque pour Naval Group une centaine de campagnes à l’exportation possibles dans les dix prochaines années. L’essor des sous-marins est particulièrement spectaculaire. Pas un grand pays qui ne souhaite renforcer cet outil de puissance. La Chine a construit en trois ans l’équivalent de l’ensemble de la flotte militaire française, à raison d’une frégate par mois et d’un sous-marin tous les trois mois. Nombre d’appels d’offres sont en cours, notamment en Asie, en Inde mais aussi dans des pays qui doivent renouveler une flotte ancienne. L’Allemand TKMS et le Français Naval Group se livrent ainsi une bagarre acharnée en Pologne et aux Pays-Bas. Le premier a récemment remporté un appel d’offres en Norvège et le second en Australie.
En France, la loi de programmation militaire permet à l’industrie navale d’envisager les prochaines années avec une certaine sérénité. La commande de nouvelles frégates de taille intermédiaire (FTI) est dans les tuyaux et Naval Group doit livrer d’ici à 2025 quatre sous-marins Barracuda pour remplacer la classe des Rubis. La ministre de la Défense Florence Parly confirme le lancement d’études pour le choix à terme d’un nouveau porte-avions et annonce le programme FlotLog de remplacement des ravitailleurs de la marine nationale.
Ce programme, qui porte sur quatre pétroliers ravitailleurs au total, serait le premier jalon du rapprochement engagé en septembre 2017 entre Naval Group et l’italien Fincantieri . Car en dépit de la hausse des budgets militaires, l’industrie navale européenne risque d’être laminée si elle ne se restructure pas un minimum face à la concurrence, notamment chinoise.
Avec une dizaine de chantiers navals, l’Europe n’est qu’au tout début de la consolidation. PDG du groupe Privinvest, qui détient CMN à Cherbourg et German Naval Yard , Iskandar Safa estime que la rationalisation du secteur naval européen passera par le nouveau programme de frégates allemand, un maxi contrat de 5 milliards d’euros.

C’est à lire dans Les Echos, 23 octobre 2018.