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Menace sur les hydroliennes françaises

 

À peine nées, déjà enterrées ? Depuis plusieurs années, les hydroliennes sont promises à un bel avenir. Avec la plus grande façade maritime d’Europe, la France faisait figure de pionnier. Et devait surfer sur cette nouvelle vague pour créer une filière industrielle. L’ancienne ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, avait même promis un appel d’offres pour 2020 afin d’amorcer les commandes nécessaires pour la faire émerger.
Mais la décision politique traîne. Et l’unique industriel de la filière, Naval Group, tire la langue. Il a développé un modèle testé à Paimpol avec EDF. Mais l’expérimentation a été stoppée le mois dernier. Désormais, il mise tout sur un projet au Canada. Une usine à Cherbourg est en construction et doit ouvrir mi-2018. Mais elle a besoin de commandes pour tourner. Et le groupe de visibilité pour continuer à faire vivre ses énergies marines.
Au sein du gouvernement, Nicolas Hulot n’a pas encore saisi la balle au bond. Son administration freine des quatre fers. « Le gouvernement soutient l’ensemble des filières d’énergies renouvelables en mer, qui sont créatrices d’emploi en France, en fonction de leur niveau de maturité industrielle » explique-t-on au ministère. Une critique à peine voilée à l’encontre de Naval Group.
Depuis 2009, l’industriel a investi 200 millions d’euros dans les hydroliennes et perdra 100 millions d’euros en 2017. Les autres actionnaires de Naval Energies, BPI France et Technip, réclament désormais des résultats. Thales, qui détient 35% de Naval Group met aussi la pression. Des réductions d’effectifs ont déjà été engagées dans les bureaux irlandais. « Si le gouvernement ne lance pas la procédure de son appel d’offres, Naval Group risque de fermer son activité dans un an » craint une source proche.
Un appel au secours entendu par Nicolas Hulot qui pose toutefois ses conditions au groupe français. « Les industriels, dont Naval Energies, doit finaliser les expériences sur les installations pilotes, explique le cabinet du ministre. Nous serons vigilants à ce que les restructurations en cours permettent de réussir le déploiement industriel tout en préservant l’emploi en France ».
Les essais de Naval Group ne sont pas encore concluants. Chez EDF, on attend aussi les résultats du projet canadien avec impatience. « Ce n’est pas rassurant car on ne sait rien des performances des hydroliennes au Canada, se désespère un bon connaisseur du dossier. Le silence de Naval Group fait douter tout le monde ». Au mieux, l’appel d’offres ne concernerait qu’une cinquantaine d’hydroliennes dans le Raz Blanchard, au large de Cherbourg, et à Ouessant. Sinon, le dernier industriel français risque d’abandonner la partie. Il y a un an, Alstom-General Electric avait déjà jeté l’éponge.

[BFMTV.com, 28/12/2017]

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