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Mai 2015-Focus du mois

09/05/2015

Une armée française en grande forme et armée pour l’export !


L’industrie de défense française qui englobe l’aéronautique et l’aérospatiale (GIFAS), l’armement terrestre et aéroterrestre (GICAT), les constructions et activités navales (GICAN)  et  qui se plaçait au quatrième rang mondial des exportateurs en décembre 2012 est passée au troisième rang derrière les Etats-Unis et la Russie en 2014.

Les industriels tricolores ont vendu pour 8,06 milliards d’euros d’équipements militaires en 2014,  soit une hausse de 17,3 % par rapport à l’année 2013 selon une estimation de la DGA. Déjà en 2013, la croissance des ventes à l’export avait été de 40 % par rapport à 2012. Nous présenterons le marché mondial et français et évoquerons les clés du succès de cette industrie en France. Nous verrons dans quelle mesure il peut répondre aux attentes spécifiques des PME notamment des fonderies et nous passerons en revue les principales pièces moulées fabriquées dans ce secteur.

Le marché mondial  de la défense

Selon une étude de Themeco, le marché mondial de l’armement s’élevait  à environ 300 milliards d’euros en décembre 2012, largement dominé par l’industrie américaine qui détenait, à elle seule, plus de 50 % des parts de marché. L’activité industrielle de défense en  Europe représentait alors un chiffre d’affaires total d’environ 55 milliards d’euros. Elle était concentrée à 90 % dans six pays : Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni et Suède. Quatre groupes européens (BAE Systems, EADS – devenu Airbus Defense and Space -, Finmeccanica, Thalès) figuraient parmi les quinze premiers mondiaux,  les onze autres étant américains. Sur les dix premiers groupes européens, quatre étaient français (Thalès, Safran DCNS, Dassault Aviation) auxquels s’ajoutait EADS  – aujourd’hui Airbus Group – dont la composante française est importante.

Croissance du marché asiatique

Malgré l’adoption d’un traité de limitation du commerce des armes (ATT) adopté le 2 avril 2013 par l’Assemblée Générale des Nations-Unies mais ratifié par seulement 12 Etats en 2014 et  une conjoncture difficile liée à la crise, les prévisions font état d’une stabilité relative du marché global de l’armement mais d’une croissance relative du marché asiatique :  selon une étude de McKinsey, la part du marché asiatique pourrait passer de 22 % en 2011 à 29 à 45 % en 2022, la place de la Chine dans le monde ainsi que la course aux armements avec les Etats-Unis étant des facteurs déterminants. La part de l’Europe devrait rester stable : entre 18 % et 20 % des dépenses mondiales. Il est vrai que l’industrie européenne de défense est confrontée à quatre difficultés majeures : les politiques d’austérité nationales, la concurrence et la division communautaires, les pressions de l’opinion publique mondiale et une concurrence américaine et locale croissante  à laquelle s’ajoute celle des pays émergents ou de  la Russie. En avril 2014,  Alexandre Vautravers[1] écrivait que, face à la division européenne, la montée en puissance américaine était spectaculaire. Les dix plus grandes sociétés détenaient 58 % des revenus issus des 100 plus grandes entreprises d’armement.

La France et son industrie de défense 

L’étude de Thémeco de décembre 2012 soulignait que  la politique industrielle de défense de la France orientée vers la recherche de l’autonomie stratégique et technologique et structurée autour de grands projets exploitants des technologies de rupture (nucléaire, aéronautique, missiles) s’appuyait sur de grands groupes nationaux  plus ou moins étatiques (Thalès, Nexter, Dassault  Aviation, Renault Truck Defense – RTD -, DCNS, Safran, Airbus Group et MBDA) et remontait à la fin des années 50. Grâce à elle et sans  oublier le dynamisme de ses PME et grâce à ses investissements, la France possédait une industrie importante et performante au deuxième rang en Europe  derrière le Royaume-Uni avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 15 milliards d’euros dont le tiers environ était réalisé à l’exportation. Depuis, comme nous l’avons déjà  mentionné, la France est devenue le troisième exportateur d’armes en 2014 même sans la vente du Rafale à l’étranger. L’exportation représente pour l’industrie de la Défense française 30 à 40 % de son chiffre d’affaires selon les années. L’année 2014 a été l’année où les ventes ont été les plus fortes depuis les années 2000 – plus fortes même qu’en 2009. La DGA dans son bilan d’activités 2013 soulignait que les PME contribuaient à hauteur d’environ 5 % au montant total des exportations directes d’armement et bien davantage si l’on tient compte de leur rôle dans la sous-traitance des contrats remportés par les grands groupes. Le délégué général à l’armement estimait en 2015 que l’ensemble des exportations d’armes représentait un excédent commercial très largement positif et qu’aucun secteur commercial n’en faisait autant. La conquête des marchés étrangers est devenue une priorité au moment où le secteur est soumis à d’importantes contraintes budgétaires au plan national. Cette quête de marchés à l’étranger est devenue difficile face à la concurrence de nombreux pays qui font le même raisonnement comme l’Allemagne, ou celle de nouveaux entrants comme la Corée du Sud, ou  la Chine. Une autre étude de McKinsey, parue en septembre 2014, soulignait les conséquences économiques positives des exportations d’armement pour l’économie française. Elles ont notamment permis de réduire le déficit commercial de la France de l’ordre de 5 % à 8 % entre 2008 et 2013.

Comment expliquer ce succès en 2014 ?

  • Par la multiplication des interventions de l’armée française (Mali, Centrafrique, Irak….) qui ont montré l’efficacité de ses équipements,
  • Par le méga contrat  DONAS à l’armée libanaise,
  • Par des industriels,  de plus en plus tournés vers l’export comme DCNS,
  • Par l’effort diplomatique du ministre de la défense qui a multiplié les déplacements en Pologne, au Qatar, aux Emirats Arabes Unis, en Inde où de gros appels d’offres sont en cours,
  • Par le soutien de la DGA à l’effort de R&D de ses industriels et ce, malgré les contraintes budgétaires (voir  les attentes des PME).

Un contexte favorable

Le contexte géopolitique semble favorable au développement de l’industrie de défense : la lutte nationale et  internationale contre le terrorisme et l’islamisme et l’inflation galopante des conflits (Afghanistan, Ukraine, Syrie et Irak, Lybie, Niger et Nigéria, Mali etc….), le climat d’Union Nationale face au terrorisme, le développement de la cybercriminalité, la création, en 2013, d’une base technologique et industrielle de défense (BTID) dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense commune (PESC) etc… Nous en voulons pour preuve la  commande, en février 2015, pour la première fois de son histoire par un pays étranger, l’Egypte de 24 Rafales, auprès de Dassault Aviation (ainsi que d’une frégate à DCNS et des missiles air-air à MBDA) pour un montant total estimé à plus de 5 milliards d’euros.

Les attentes des PME

En 2013, la publication du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale et le vote de la Loi de Programmation Militaire (LPM) ont permis de maintenir les compétences de notre base technologique et industrielle de défense, de préserver notre souveraineté et notre avantage opérationnel. L’expertise de la DGA qui s’est dotée d’un laboratoire en 2013 est une richesse unique en Europe et le budget de la DGA alloué à l’innovation est le plus important d’Europe. Notons la présence de partenaires industriels sur des technologies duales (L’innovation dans la Défense a un impact direct sur le civil et inversement comme le souligne l’étude de Mc Kinsey déjà citée). Les PME ne sont pas en reste : par le pacte Défense PME lancé en 2012, la DGA soutient l’effort de R&D de 300 PME critiques et stratégiques sous-traitantes par la création d’Astrid-Maturation qui permet un transfert de technologie des laboratoires vers les PME et  par l’accroissement du budget consacré à RAPID (Régime d’appui pour l’innovation duale – défense et civile). Le Pacte Défense PME inclut des mesures spécifiquement orientées vers le soutien des PME à l’exportation.

Et la fonderie dans tout cela ?

Le ministère français de la Défense ne possède pas de fonderie intégrée et sous-traite sa production à des fondeurs. Ce secteur d’activité requiert des pièces de fonderie à haute valeur ajoutée, bien dimensionnées et plus robustes et plus résistantes que dans le civil capables de supporter des conditions extrêmes (résistance à la chaleur dans le désert,  résistance à l’usure abrasive du sable ou à la corrosion marine). C’est pourquoi on recourt souvent à des aciers faiblement alliés à caractéristiques mécaniques élevées ou des aciers inoxydables pour les applications marines. On trouve peu de pièces moulées aéronautiques mais il y en a davantage dans l’aéronautique militaire que dans l’aviation civile : pièces moteurs (turbines, ailettes) en superalliages (alliages à base nickel), boîtiers ou carters en alliages de magnésium moulé, notamment pour les hélicoptères…Les pièces de fonderie figurent aussi dans la Marine (engins marins ou gros moteurs en fonte des sous-marins ou des destroyers par exemple, hélices en alliages de cuivre moulé du porte-avions Charles de Gaulle, pompes, vannes en acier moulé de sous-marins ou autres bateaux, chaises élastiques pour arbre à moteurs ou porte-hélices en acier moulé). On en trouve également dans l’armement terrestre, le transport de troupes (pistons, moteurs, boîtes de vitesses des engins ou camions blindés, des chars, des jeeps,) ou dans les munitions (grenades en fonte, ogives d’obus en fonte ou en acier moulé, canons  qui étaient autrefois coulés en fonte et qui sont maintenant en fonte ou en acier moulé. Cependant, les tourelles de char qui étaient auparavant réalisées en acier moulé sont désormais mécano-soudées et/ou en alliages d’aluminium moulé et les blindages sont plutôt en tôles.

Conclusion

En dépit des contraintes budgétaires auxquelles il est soumis et de la concurrence étrangère,  ce secteur d’activité offre des opportunités  aux fondeurs y compris à l’international.

 

Sources :

  • « Le Rafale catapulté par l’Egypte » et  « la France, troisième exportateur d’armes », H. Meddah, L’Usine Nouvelle, N° 3411, 19/02/2015,  p-23-30
  • « Les exportations d’armes françaises cartonnent », H. Meddah, L’Usine nouvelle, 10/02/2015
  • « L’industrie française de l’armement retrouve des couleurs à l’export », D. Gallois, Le Monde, 09/02/2015
  • « Les exportations françaises d’armement : 40 000 emplois dans nos régions », Etude d’impact social, économique et technologique réalisée par le ministère de la Défense et le CIDEF avec le support de McKinsey & Company, 09/2014
  • « Europe. L’industrie d’armement – division européenne versus consolidation américaine »  A. Vautravers P@ges Europe, 08/04/2014, La Documentation française – DILA
  • Bilan d’activités 2013, Direction Générale de l’Armement (DGA)

 

Contact : Claude Chancelier

 

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[1] Professeur de relations internationales, d’économie et d’histoire, président du Centre de Recherche sur la Sécurité et le Développement au Moyen Orient au CSD à Genève

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