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Les marchés de l’est, une réelle opportunité pour les agro-équipementiers ?

Si les grandes plaines d’Europe de l’est, de Russie, d’Ukraine et du Kazakhstan sont connues pour leur importante production céréalière, cela signifie-t-il que le marché du machinisme agricole s’y porte bien ? Au sein des sept pays étudiés, la situation est en réalité très contrastée, oscillant entre baisse des investissements et concrétisation d’achats, selon l’état de santé économique de l’agriculture locale.

Les principaux fabricants de machines agricoles, optimistes tout au long de l’année 2018, se montrent désormais inquiets pour leurs ventes futures. « Tous s’attendent à écouler moins de matériel en 2019, bien que subsistent quelques exceptions au cœur de l’Europe », éclaire Mikhail Mizin, coordinateur UEE (Union économique eurasienne) de l’Association allemande des équipementiers et machinistes agricoles.

« En France, par exemple, les constructeurs restent résolument optimistes. A contrario, en Europe de l’Est et dans les pays de l’UEE, une grande majorité d’entre eux s’attend à vivre une année morose. Toutefois, quelques exceptions existent de ce côté-là également et certains marchés devraient vivre une année 2019 positive.

Une situation qui transparaît sur plusieurs marchés emblématiques, connus également pour être de grands bassins de la production céréalière mondiale.

Pologne : détérioration en vue

Le marché du machinisme semblait très positif, du moins jusqu’à ce que les effets de la sécheresse se fassent ressentir. En effet, le volume des ventes a augmenté en 2017 mais aussi en 2018. « Durant le premier semestre 2018, les importations polonaises de machines agricoles ont même grimpé de près de 40 % », précise-t-il. Avant de nuancer : « Toutefois, les immatriculations de tracteurs sont en baisse et la situation devrait encore se détériorer dans les mois à venir. Les baisses à deux chiffres ne sont pas à exclure à l’heure actuelle ».

Près de 500 millions d’importations bulgares

Le marché des machines agricoles est, en hausse. Pour preuve, la Bulgarie importe près de 500 millions d’euros de tracteurs et de machines agricoles par an, principalement en provenance d’Allemagne et d’Italie. Un chiffre qui s’explique par une quasi-inexistance de fabrication locale.

Le marché roumain en plein boom

Du côté de la Roumanie, où l’on recense une ferme de l’Union européenne sur trois, le marché est caractérisé par des extrêmes. Malgré des fermes de petites tailles, le marché du machinisme agricole affiche un taux de croissance bien supérieur à la moyenne de l’Union européenne (+6 % en 2018, pour s’établir à un peu moins de 700 millions d’euros). « Par ailleurs, le marché roumain a presque doublé depuis 2010. Sa taille est maintenant comparable à celle des marchés scandinaves, belge, tchèque ou encore hongrois », poursuit-il. Cela s’explique par les programmes européens de développement rural qui stimulent la demande en machines agricoles.

L’agriculture, indéniable atout de l’Ukraine

Les grandes exploitations ont réalisé des investissements très importants au cours des années 2016 et 2017 et ont donc couvert leur besoin à court terme. Ce qui n’est pas de bonne augure pour le marché des agroéquipements… Toujours est-il que celui-ci connaît d’importants changements depuis une dizaine d’années. « Les marques mondiales ont fait de l’Ukraine leur territoire de compétition. Elles détiennent actuellement pas moins de 65 % des parts de marché contre seulement 20 % en 2004. » 2017 a d’ailleurs été une année faste pour les constructeurs : les investissements dans les technologies agricoles modernes ont fortement augmenté, les ventes de tracteurs ont grimpé de plus de 70 % par rapport à 2016 et le marché des moissonneuses-batteuses comptait plus de 1.500 machines soit son plus haut niveau dans l’histoire récente du pays.

Très protégé, le marché biélorusse

En Biélorussie, la situation est bien différente. En effet, le marché des machines agricoles est placé sous la forte influence du gouvernement. Une grande partie de l’équipement est ainsi achetée par l’État via un mécanisme d’appel d’offres favorisant les constructeurs locaux. « Toutefois, une infime partie du marché est libre. Les constructeurs occidentaux tentent de s’y engouffrer par tous les moyens afin de grappiller des parts de marché », ajoute M. Mizin.

De ce fait, les exploitations agricoles disposent d’un parc de machines moderne et performant qui leur confère une haute productivité et un poids important dans l’économie nationale. Au vu de mécanisme d’achat instauré, l’industrie de fabrication des machines agricoles est également un secteur stratégique pour la Biélorussie qui tente donc de le protéger au maximum.

Le Kazakhstan, un marché au potentiel énorme

Au Kazakhstan aussi, l’agriculture constitue un pilier stratégique de l’économie. Elle est d’ailleurs, tout comme la fabrication de machines agricoles, inclue dans la liste des projets prioritaires qui bénéficient du soutien du gouvernement. De quoi inciter les marques occidentales, mais aussi russes, à s’intéresser fortement à ce marché. « C’est d’ailleurs ce qu’elles font : les fabricants locaux ne détiennent que 1 % des parts du marché des agroéquipements. »

La compétition entre les marques devrait encore s’accroître en 2019. D’une part, le marché est évalué à 4.500 machines vendues annuellement (dont 1.000 moissonneuses-batteuses et 1.400 à 1.500 tracteurs). D’autre part, le niveau de dégradation du parc actuel de machines agricoles approche les 80 % alors que la demande en équipements n’est satisfaite qu’à 55 % environ. « Cela montre à quel point ce marché est prometteur et offre des potentialités impressionnantes. »

Compétition entre marques russes et occidentales

Le marché russe est quant à lui prometteur au vu du nombre d’agriculteurs que compte le pays. Le marché russe des agroéquipements est d’ailleurs orienté à la baisse bien que des variations apparaissent selon les segments. Ainsi, les ventes de tracteurs 2018 se maintiennent au niveau de 2017 grâce à une augmentation des importations de tracteurs de moins de 50 ch. En effet, cette hausse a été suffisante pour compenser la réduction des importations de tracteurs de plus de 50 ch et le recul de la production locale de machines, pourtant fortement soutenue par l’État.

Quelles perspectives pour les marques occidentales ?

En 2017, le marché russe des machines agricoles était pour 56 % aux mains de marques locales ; les marques occidentales se partageant les 44 % restants. « Toutefois, certaines marques occidentales sont reprises comme étant des marques locales car elles disposent d’une usine d’assemblage en Russie », nuance Mikhail Mizin.

Ce marché devrait retrouver quelques couleurs en 2019, notamment pour les marques mondiales et ce, pour deux raisons. D’une part, l’aide publique à l’agriculture augmentera pour atteindre 300 milliards de roubles (soit 3,84 milliards d’euros selon le taux de change en vigueur le 3 janvier). D’autre part, le gouvernement russe soutiendra les entreprises occidentales installant leur production en Russie.

Concernant les ventes 2019 en particulier, il existe toujours un besoin de remplacement important pour les tracteurs de moyenne et haute puissance, mais les grandes exploitations ont pour la plupart déjà renouvelé leur flotte et sont susceptibles de réduire leur investissement. La demande pourrait néanmoins émerger des fermes de petite taille ou de taille moyenne.

Source : sillonbelge.be, 12/01/2019