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La mine française sera urbaine

En France, 24 millions de téléphones portables sont vendus chaque année. Et seulement 15 % de ceux qu’ils remplacent sont recyclés. Le gisement est énorme.

Un portable récent renferme, outre 50 % de plastiques, 10 grammes de cuivre, 6 g de cobalt, 4,5 g de graphite, 1,3 g d’étain, 1 g de nickel, 300 mg d’argent, 247 mg de manganèse, 156 mg de chrome, 30 mg d’or, 12 mg de palladium, du platine, du tantale, du tungstène, des terres rares comme le néodyme et le praséodyme… Cette mine polymétallique n’est pas exploitée, puisque 100 millions de mobiles dorment dans nos tiroirs.

Toutes catégories confondues, la collecte de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) progresse pourtant. Éco-systèmes, un éco-organisme chargé du recyclage des DEEE des particuliers, en a collecté et recyclé 517 000 tonnes en 2016, l’équivalent de 10 kg par habitant, avec pour objectif de passer à 14 kg. Le taux de collecte – 49,2% de la moyenne des tonnages mis sur le marché durant les trois années précédentes – est supérieur à l’objectif réglementaire, fixé à 45%. Mais ce taux varie énormément selon leur type. Les DEEE sont divisés en six familles : gros électroménager (GEM) froid et hors froid, écrans, lampes, panneaux photovoltaïques et petits appareils en mélange (petit électroménager, informatique, portables). Tous ces appareils sont soumis à la responsabilité élargie du producteur (ou principe du pollueur-payeur), qui oblige les fabricants à financer et organiser la collecte et le recyclage de leurs produits en fin de vie. Le plus souvent à travers des éco-organismes qu’ils contrôlent. Dans le cas des DEEE, ceux-ci sont au nombre de quatre : Eco-Systèmes, Ecologic, Recylum et PVCycle.

Les cartes électroniques, elles, sont très majoritairement traitées par les trois acteurs majeurs en Europe que sont le suédois Boliden, le belge Umicore et l’allemand Aurubis. Moins de 10 000 tonnes ont été traitées en France sur quelque 37 000 tonnes mises au rebut, ce qui représente pour la France la perte d’un volume d’or d’une valeur de 124 millions d’euros, 11 millions d’euros de cuivre et autant de tantale, 30 millions d’euros d’argent… Quelques PME, pourtant, se développent, comme Morphosis au Havre (Seine-Maritime), Weee Metallica à Isbergues (Nord) et Bigarren Bizi à Bidart (Pyrénées-Atlantiques). L’arrivée sur le marché de brokers, des intermédiaires qui achètent aux enchères des lots de téléphones usagés, a perturbé la filière. Ces derniers entretiennent le flou entre les flux d’équipements électriques et électroniques (EEE), des appareils d’occasion non soumis à la réglementation sur l’export de déchets, et les DEEE, qui sont des appareils hors d’usage. Les douanes rappellent pourtant la définition de déchet, issue de la directive-cadre de 2008 : « toute substance ou objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire ».

[L’Usine Nouvelle, 26/04/2017]

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